Un grand blanc de Bourgogne ne se “goûte” pas, il se lit. La main du vigneron, le millésime, l’élevage et surtout le terroir laissent des indices nets… à condition de créer les bonnes conditions. Les sommeliers n’ont pas de don : ils suivent une méthode simple, répétable, et ils évitent quelques pièges classiques (température trop froide, verre inadapté, ordre de dégustation brouillon). Voici une approche de pro, sans folklore, pour comprendre ce que votre verre raconte.
Préparer la dégustation : 80 % du résultat se joue avant le premier nez
Commencez par neutraliser l’environnement. Odeurs de cuisine, bougie parfumée, diffusion d’huiles essentielles : tout cela écrase les nuances. Prévoyez un endroit lumineux (idéalement lumière du jour) et une table claire, qui aide à juger la robe sans tricher.
Le verre compte plus qu’on ne l’imagine. La norme ISO 3591 décrit un verre “type dégustation” dont la forme resserrée concentre le bouquet : ce n’est pas un gadget, c’est un amplificateur d’arômes. À défaut du modèle exact, choisissez un verre tulipe : calice assez large pour l’oxygénation, buvant resserré pour canaliser les odeurs.
Enfin, servez peu : 6 à 8 cl suffisent. Un verre trop rempli réchauffe vite, et l’alcool prend le dessus. Tenez-le par le pied : vos doigts sont un radiateur, surtout sur un blanc.
Maîtriser la température : la précision qui distingue l’amateur du professionnel
La Bourgogne blanche est une école de finesse. Trop froid, le vin se ferme : les arômes sont “anesthésiés” et la bouche paraît plus dure. Trop chaud, l’alcool ressort, la texture devient molle, et la fraîcheur disparaît. La bonne plage dépend du style, mais une règle est constante : mieux vaut servir un peu trop frais, le vin remontera rapidement dans le verre.
| Style de blanc de Bourgogne | Température de service indicative | Ce que vous gagnez |
|---|---|---|
| Blanc vif et fruité (profil “tendu”) | 10–12 °C | Éclat aromatique, énergie, précision |
| Blanc plus complexe / travaillé (élevage, matière) | 12–14 °C | Texture, longueur, notes de fruits secs/épices |
| Crémant de Bourgogne | 6–8 °C | Netteté des bulles, fraîcheur |
Astuce simple : sortez la bouteille du réfrigérateur 10 minutes avant de servir si le vin paraît trop verrouillé. Et si vous utilisez un seau, faites-le “moitié eau, moitié glaçons” : l’eau accélère et stabilise le refroidissement, au lieu de glacer brutalement.
Choisir et ouvrir : aération, réduction, et pièges du boisé
À l’ouverture, un blanc de Bourgogne peut passer par une phase de réduction (notes de silex, allumette, pierre à fusil) ou par une retenue aromatique liée au jeune âge. Ne concluez pas trop vite : laissez le vin respirer. Une simple attente en verre, 5 à 10 minutes, suffit souvent à le “déplier”.
La carafe ? Rarement nécessaire sur un blanc fragile et très aromatique, mais utile sur certains profils concentrés, jeunes, ou marqués par l’élevage. Si vous décantez, faites-le court et surveillé : l’objectif est d’ouvrir le nez, pas d’épuiser le vin.
Pour acheter ou comparer plusieurs cuvées, l’idéal est de raisonner par appellations et signatures de vignerons, plutôt que par étiquettes séduisantes. Se rendre dans une cave de Bourgogne vous donnera justement cette lecture : origines, styles, millésimes, et cohérence de gamme.
La méthode de dégustation en 3 temps : visuel, olfactif, gustatif
Les pros suivent un ordre fixe pour ne rien rater. D’abord la vue : inclinez le verre sur fond clair. La teinte (or pâle, doré, reflets verts) donne des indices d’âge et de style. La brillance signale souvent une bonne acidité et une vinification maîtrisée. Les “larmes” (jambes) ne prouvent pas la qualité, mais elles indiquent parfois richesse alcoolique ou glycérol.
Ensuite le nez, en deux passes. Premier nez sans agitation : cherchez la pureté (fleur blanche, agrume, pomme, poire, coquille d’huître, pierre). Deuxième nez après une rotation du verre : la palette s’élargit, l’élevage apparaît (vanille, noisette, beurre, pain grillé), et les notes de terroir peuvent se préciser.
Enfin la bouche. Prenez une petite gorgée, faites circuler, puis observez trois critères : l’attaque (vive, souple, ample), le milieu de bouche (matière, gras, tension), et la finale (longueur, salinité, amers nobles). Un grand blanc se reconnaît souvent à sa persistance et à l’équilibre entre énergie et texture, sans lourdeur.
Parler “pro” sans réciter : les bons repères de vocabulaire
Un commentaire efficace est factuel. Évitez les images trop floues si vous voulez progresser. Préférez des familles aromatiques (floral, fruité, minéral, toasté, épicé) et reliez-les à des sensations : “finale saline”, “acidité intégrée”, “boisé fondu”, “amers d’agrumes”.
Autre réflexe de sommelier : distinguer arômes (ce que vous sentez) et structure (ce que vous ressentez). Deux vins peuvent sentir le citron ; celui qui a de la tension, une finale longue et une texture nette jouera dans une autre catégorie.
Focus Mâconnais : comprendre le style d’un Saint-Véran au verre
Le Mâconnais offre souvent des blancs précis, solaires sans excès, capables de très belles complexités. L’AOP Saint-Véran est un blanc issu du chardonnay, réputé pour sa robe or-vert, ses notes de fleurs blanches et de fruits à chair blanche, puis une évolution vers noisette/amande, miel et parfois une touche “pierre à fusil” avec le temps.
Si vous voulez vous entraîner sur une cuvée représentative, choisissez un vin de type Saint Veran et dégustez-le deux fois : une première à 10–11 °C (pour l’éclat), puis à 12–13 °C (pour la texture). Cet exercice simple apprend à “caler” la bonne température selon votre palais.
FAQ
Faut-il servir tous les blancs de Bourgogne très frais ?
Non. Les blancs vifs supportent 10–12 °C, mais les cuvées plus complexes gagnent à être servies autour de 12–14 °C : sinon, vous perdez la matière et les notes d’élevage bien intégrées.
Comment repérer un défaut plutôt qu’un style ?
Trois alertes fréquentes : le “bouchon” (odeur de carton mouillé), l’oxydation prématurée (pomme blette/noix + couleur très dorée trop tôt) et le soufre excessif (allumette persistante qui ne part pas). Un style réduit ou boisé se fond avec l’air ; un défaut reste dominant.
Quel accord simple pour juger la qualité d’un blanc de Bourgogne ?
Testez-le sur un aliment neutre : volaille rôtie, poisson grillé, comté jeune, ou même un morceau de pain. Les sauces très citronnées ou très épicées brouillent la lecture.
Au fond, déguster “comme un pro” revient à gagner en constance : même verre, bonne température, même ordre d’analyse. En quelques séances, vous repérez plus vite l’équilibre, le terroir, la patte d’élevage et la longueur. Et surtout, vous apprenez à ne pas juger un blanc de Bourgogne sur un instant figé : il bouge dans le verre, et c’est souvent là que se cache sa vraie classe.
Sources :
– Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB), recommandations de température de service des vins de Bourgogne
– INAO, fiche AOP Saint-Véran (produit, arômes et territoire)
– ISO, norme ISO 3591:1977 “Wine-tasting glass” (norme confirmée)
– OIV, standard de concours mentionnant l’usage du verre type ISO 3591:1977





